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25/11/2010

Les enjeux du Grand Prix (Billet #3 les organisateurs)

posté à 10h39 dans "Opinions"

A la faveur d'un petit moment de libre je me propose de continuer le décryptage de la D1 en me penchant sur les organisateurs de Grand Prix. Si les clubs fournissent le bon vin, les organisateurs fournissent le verre. Comment devient on organisateur? Quel intérêt peut-on y avoir? Quelles sont les forces et faiblesses du système actuel.



Comment devient-on organisateur d'une épreuve fédérale?

Pour commencer il faut faire … candidature. La FFTRI publie à la fin du printemps un cahier des charges et le prix à payer pour l'obtention de chaque label. Les candidatures sont à rendre vers fin de l'été. Pour reprendre du communiqué de presse de la FFTRI, commence ensuite "un long processus d’examen des candidatures, de concertation et de réflexion, selon des critères objectifs notamment de date, de répartition géographique, de calendrier national et international définis par la Commission Nationale des Grandes Epreuves." Ce choix est ensuite voté par la CNGE, puis par le bureau Directeur Fédéral et finalement le Comité Directeur Fédéral avant d'être rendu public mi-octobre. La fédération étant aussi organisatrice d'étapes du Grand Prix (Paris, Nice prochainement, Bordeaux anciennement, …) elle se retrouve de fait juge et partie, mais ce n'est sans doute pas le fond du problème comme je l'expliquerai plus tard.

Combien coute un Grand Prix?

En 2011 pour accueillir un Grand Prix, il faudra donc débourser 25 000€ (qui servent essentiellement à financer la grille de prix) plus 22 chambres d'hôtel. Ce montant est en baisse par rapport à l'année dernière (30000€ si ma mémoire est bonne) et couvre essentiellement la grille de prix. La fédération fourni une partie du matériel (parc à vélo, …), l'arbitrage, l'animation, le chronométrage et la production vidéo. Il reste à l'organisateur toutes les charges liées à l'organisation elle-même avec par exemple la location d'un ponton de départ, mise en place d'une rampe pour la sortie d'eau (équipements qui ne servent que quelques minutes mais très onéreux!). Dans la case recettes directes vous pouvez compter sur les inscriptions de 30 équipes : 30 * 100 €, soit 3 000€… de prime abord ce n'est pas l'investissement du siècle d'autant que ce n'est pas avec la buvette que les comptes peuvent s'équilibrer (même si pour ce dernier poste de recettes un certain effort est fait par beaucoup à la Baule). On se retrouve dans un schéma a peu prêt similaire à celui des clubs élites, pour équilibrer son budget, l'organisateur devra donc retrousser ses manches et vendre le "Grand Prix" auprès des partenaires institutionnels (ville, cg, région) et privés. C'est d'ailleurs la toute première étape dans la constitution d'une candidature : valider le soutien financier des collectivités publiques, un label national pour une épreuve peut permettant d'ouvrir certaines portes.

Si l'on en revient au premier billet on s'apercevra que si plus d'un million d'euros est injecté dans le GP chaque année on pourra considérer que cela fait plus de 200 000€ par étape. Un organisateur ne supporte donc qu'une fraction de cette charge, il lui serait impossible d'assurer un tel plateau avec son seul budget. Le "deal" n'est donc pas si mauvais que cela dans l'absolu. Cependant l'organisateur n'a pas les mains totalement libres pour vendre sa course : les partenariats noués restent soumis à l'autorisation de la fédération, le cahier des charges de la fédération doit être respecté (en terme de visibilité des partenaires notamment), le nom de l'évènement porte déjà le nom de la Lyonnaise des Eaux, les athlètes qui seront effectivement présents sur la course ne sont connus que quelques heures avant la course… La fragmentation de l'investissement sur le grand prix est aussi sa faiblesse. Comme pour les clubs, l'équilibre financier d'une épreuve est souvent assez fragile, il n'est malheureusement pas rare de voir des organisateurs d'épreuves labelisées afficher des pertes.

Les labels étant redistribués chaque année (ou tous les 2 ans pour les championnats de France il me semble), l'organisateur n'a en théorie que très peu de visibilité et que quelques mois pour se préparer. Il est difficile pour lui d'entrer dans une démarche d'investissement par rapport à l'épreuve qu'il va accueillir. La tentation est alors grande d'agir (justement) à l'économie et de ne pas mettre les petits plats dans les grands. Ce qui pénalise le label sur le long terme...

Un système à repenser?

Il est évident que le mode de fonctionnement actuel de sélection et distribution des labels est ancré dans nos traditions. En théorie le système étant ouvert à tous les organisateurs volontaires cela évite les copinages et devrait créer un saine émulsion afin de remplir et d'excéder le cahier des charges fixés par la fédération. Malheureusement ce modèle ne semble pas très productif dans un contexte où il y a trop peu d'organisateurs volontaires. Si en théorie le rôle de la CNGE est de sélectionner avec soin les épreuves pour assurer un calendrier harmonieux, dans la réalité son principal challenge est de motiver des organisateurs à se lancer pour avoir au moins autant de candidats que de labels proposés… (ce constat va au delà du GP). Les candidatures ne sont parfois (souvent?) qu'orales. Il est difficile de s'étonner que les candidats aux labels les plus "couteux" soient assez peu nombreux, c'est sans doute l'un des facteurs de motivation de la fédération à s'engager activement et directement dans la création de nouvelles étapes (Bordeaux, Paris, Nice, …).

Petite digression: Je m'avance peut-être un peu en précisant que la fédération dispose d'un avantage sur un organisateur "classique" au niveau de l'obtention des financements. Il lui est plus facile de faire valoir son propre investissement dans la série le budget global de l'organisation est alors augmenté. A montant égal, les subventions demandées seront alors moins importantes en proportion. Demander 50k€ en présentant un budget de 150k€ (frais organisation + frais FFTRI) parait plus raisonnable que si l'on présente un budget de 80k€ (budget organisation seul). Je précise que je n'ai aucune idée des chiffres réels c'est juste pour illustrer mon propos… L'idéal serait de pouvoir montrer avec précision les investissements réalisés sur chaque GP par les clubs, l'organisateur et la FFTRI mais ce n'est légalement pas possible. Fin de la digression.

La difficulté d'attirer des organisateurs n'est certainement pas nouvelle, je ne suis pas sur que la réduction des coûts conduise à l'augmentation de la qualité des épreuves.

On notera aussi que les épreuves ont tendance à se bonifier avec le temps, l'expérience gagné par l'organisateur, la confiance grandissante des partenaires aide à développer une épreuve. Les premières fois sont souvent un peu douloureuses (Bordeaux, Paris, Tours ont connus leur lot de problèmes la première année). Un organisateur qui sait qu'il aura une organisation sur plusieurs années pourra être dans une logique d'investissement et de développement. Le triathlon "durable" c'est peut-être ça aussi…

Peut-être qu'il serait bon de revisiter un peu les bases du système actuel en favorisant l'attribution de labels sur plusieurs années. Une collaboration plus étroite entre la fédération et les organisateurs (même si cela n'est pas toujours simple) serait à envisager, le cas de Beauvais n'a fait qu'illustrer l'absence communication qu'il peut y avoir. Un meilleur partage d'expérience entre organisateurs sans doute sous l'égide de la fédération afin d'uniformiser la qualité des épreuves. Cela va en plus des efforts marketing et de communication qui faut faire à l'échelle nationale pour rendre les labels plus attractifs globalement. Cela sera sans doute l'objet du prochain billet.

Comme pour les autres billets, je vous invite à partager vos idées sur le sujet dédié au GP sur le forum.

 

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